Actualités

À BOUT PORTANT  

Monika Brugger, Cécile Flory, Romain Jamet, Marie-caroline Locquet, Cécile Maes, Yao Tan, Terhi Tolvanen

20 mai – 16 juillet 2022

vernissage jeudi 19 mai à 18h30

À bout portant

Paradoxal : le bijou contemporain, quoiqu’à bout portant, n’est jamais porté à bout. C’est toute la spécificité d’une pratique qui, n’étant point figée, ne se laisse saisir ni par une armature conceptuelle pré-conçue, ni par des formes canoniques.

Mais à bout portant, les bijoux se révèlent : d’une part, dans la quête à bout de bras d’un artiste faiseur d’interrogations, dont les pièces forment des réponses jamais closes et, d’autre part, à travers l’intimité du porteur en proximité de son corps. Loin de n’être que de simples parures, ces bijoux habillent autant qu’ils mettent à nu : exposés, ils se découvrent.

Situé à mi-chemin, le bijou contemporain circule sur cette frontière ductile qui sépare la sculpture du bijou. Cette pratique interroge la dimension sociale et symbolique de ce que Barthes nomme le signe et de ce qui constitue nos mythologies. Elle travaille la matière, déstabilise nos perceptions, élabore des formes plus ou moins familières et dont la singularité constitue le résultat d’une recherche proprement anthropologique.

Ici, la main de l’artiste informe ce que le regard reforme. Le corps devient la toile mobile sur laquelle l’œuvre se projette.

Lavitrine s’ouvre sur un triple dialogue : des générations, des pratiques et des formes. Les artistes, professeurs et anciens élèves diplômés de l’ENSA de Limoges, se rassemblent, ici, pour former ce que Georges Bataille appelait une inavouable communauté de l’œuvre. Ensemble, comme un tissage, ils dévoilent l’état de leur questionnement artistique, mettent en regard leurs pratiques, et poursuivent leur exploration respective.

Ces pièces doivent être jaugées, scrutées, détestées ou adorées. Elles se saisissent par le regard et habillent la pensée. Certaines sont le réceptacle d’une histoire, tandis que d’autres interrogent notre rapport au monde, notre être-là et son imperturbable résistance.

Ces pièces se dissèquent, s’érodent, se dévoilent, s’érotisent, s’arpentent, s’accrochent, s’établissent, s’embourbent sur le sol.

Formes monumentales, autopsie du social, crachat argenté, ruban symbolique, nature ré-enchantée, peintures-objets, ces bijoux participent d’un imaginaire commun, dont elles convoquent les signes pour les remettre en jeu.

Victor Dumiot

Élève de l’École Normale Supérieure. Auteur, spécialiste de l’œuvre de Georges Bataille


Événements

VERNISSAGE

JEUDI 19 MAI À 18H30

L’ATELIER DE LA COUTURIÈRE – MONIKA BRUGGER

SAMEDI 21 MAI DE 14H À 16H

Monika Brugger parle du bijou comme d’un « petit objet ouvragé et précieux ». En brodant un bijou sur un vêtement, elle ne parle pas d’objet décoratif superposé à celui-ci, mais de contamination d’un habit par son motif. Au fil de l’après-midi, vous pourrez broder les vêtements de votre choix que vous aurez apportés.

AU BOUT DU SOUFFLE – CÉCILE MAES

JEUDI 16 JUIN DE 14H À 16H

De forme circulaire ou ovale, renfermant généralement un souvenir, le médaillon est de l’intime. Cécile Maes, dans sa série Les différents portraits du Général Glaviot, ré-interprètre ce bijou en intégrant l’acte de cracher dans le processus créatif. Au fil de l’après-midi, vous pourrez passer expérimenter la création de « cires-portraits », uniques à ceux qui en sont les auteurs.

VISITES COMMENTÉES

SAMEDIS 28 MAI ET 2 JUILLET À 14H30

par Cécile Flory et Marie-Caroline Locquet


Les artistes

MONIKA BRUGGER

www.monikabrugger.eu/archive/schweiz.htm

Stichwunde, Geschenk der Näherin, 2007, (Blessure, cadeau de la couturière) Bijoux, Corsages de taille 38, lin, grenats, dim : cadre de bois 94 x 180 cm. Travail réalisé avec le soutien du CNAP (Centre national des arts plastiques) Paris, dans le cadre d’une allocation à la recherche en 2005 et du A.i.R programme de ProArtibus à Ekenäs/Tammisaari (FI) en 2006.

Monika Brugger parle du bijou comme d’un « petit objet ouvragé et précieux ». Quelles que soient les formes qu’elle choisit : photographies, broderies ou bijoux, c’est bien de ce petit objet, ouvragé et précieux, duquel – en même temps qu’elle se réfère – elle se détache.

En invisibilisant parfois le bijou, elle continue en creux d’en parler, et par là même, met à jour les rites identitaires et sociaux auxquels participe cet objet. Ainsi, elle questionne le corps social : stigmates corporels, marques corporatistes, marquages de la personne, tâches de labeurs. Si dans l’installation le corps est évoqué, c’est un corps par défaut, simple tissu social destinataire du bijou par lequel le corps absent vaut beaucoup plus qu’un corps biologique. Cette position singulière, établie au croisement des métiers, propose une lecture hybride entre « objet de contemplation ou objet d’usage ».

Il ne s’agit pas de proposer un objet décoratif superposé au vêtement, mais la contamination d’un habit par son motif : Stichwunde – ein Geschenk de Näherin, Une reprise, ou The blackdress_collection© 12 + 1 robes.

Ainsi les œuvres nous emmènent au-delà du bijou et du vêtement pour devenir support de réflexion sur la condition de l’humain, et plus précisément dans la pièce présente ici, sur la condition de la couturière dont le corps est marqué par l’exercice de sa profession : piqures d’aiguille, traces de sang, brûlure du fer à repasser. Autant de stigmates incarnés et prenant chair dans ses « bijoux ».

CÉCILE FLORY

www.instagram.com/cecilefloryjewellery/

Figure-toi/les yeux clos, 2022. Tableau-relief avec collier.Contreplaqué, plexiglass, aluminium, quartz, cuivre, shibuichi, polyester 55 x 45 x 3 cm.

Cécile Flory explore à travers ses bijoux les champs esthétiques de l’art et plus particulièrement de la peinture et de ses picturalités. Elle crée des tableaux-reliefs où chacun des éléments conserve son caractère particulier et qui amènent à questionner la présence du corps ou de la figure par l’accrochage. La composition de formes volumes, de tableaux-reliefs, crée un tissage entre des récits, souvenirs et médiums artistiques, qui se composent dans la relation que chacun entretient avec les objets porteurs d’histoires, personnelles ou collectives. Une définition du bijou empreinte de poésie, comme pièce à souvenir, comme memento, alliant mémoires et oublis, présence et absence, fantasme et réalité.

ROMAIN JAMET

https://www.instagram.com/romjamjam/

Loopin’s, 2021. Série de broches, argent, dimensions variables.

Designer plasticien, sa pratique artistique porte sur une quête de légèreté et de plaisir. Il interroge l’importance du jeu, l’insouciance et la rêverie dans notre quotidien afin de tenter, avec délicatesse, de le ré-enchanter. Son intérêt de l’artefact et de la technique, qu’il met au service du ludique, se retrouve dans ses bijoux. La série Loopin’s met en lumière le « deskilling », procédé de mise en forme de la matière avec un minimum de savoir-faire. En résulte une spontanéité qui lui permet d’exprimer une « naïveté » presque fragile, qui donne à voir l’intangible.

MARIE-CAROLINE LOCQUET

www.instagram.com/mariecarolinelocquet/

Ordre, 2021. Vue d’installation. Béton, fer et hêtre, pierre, laiton, acier. Dimensions variables.

Les pièces de Marie-Caroline Locquet, sculpturales et monolithiques, sont perturbatrices. Portées, elles constituent une anomalie stridente dans le domaine lisse du quotidien. Elles forment cet accroc contre lequel notre regard s’écharpe. Attachées au corps, une révolte discrète se joue, qui tout à la fois repousse et interroge l’observateur. Sa recherche plastique repose sur la rencontre entre brutalité sculpturale et modestie des formes. Elle travaille à « contre-corps » dans une utilisation exploratoire du matériau. Elle mène la matière, la machine, jusqu’à son point de tension où se retrouvent liées des réalités opposées (fragilité/dureté, violence/délicatesse). Le risque est essentiel. Elle explore la frontière scuplture/bijou que seul le corps délimite.

CÉCILE MAES

www.instagram.com/cilce_maes/

Projectir #2, 2020, argent, 4 x 5 cm.

Designer plasticienne, son intérêt pour le bijou naît du fait qu’il s’active par le jeu des relations humaines. Objet social, le bijou provoque des récits. Il devient signe. Un signe qui navigue entre des valeurs matérielles, symboliques et sentimentales. En interrogeant des typologies classiques, le travail de Cécile Maes est une ré-interprétation où se mêlent références historiques, explorations du quotidien et ironie permettant de connecter des idées pour parler du bijou, des raisons pour lesquelles nous le portons et des significations que nous lui attribuons. Dans la série Les différents portraits du Général Glaviot Cécile Maes ré-interprète le médaillon, objet de l’intime et propose une nouvelle lecture du souvenir laissé par l’haleine de l’Homme.

YAO TAN

www.instagram.com/yao_tan_obcorps/

Vue d’installation, Cinq colliers, 2021.

Le travail de Yao Tan s’intéresse à la perception ambiguë du corps et de son imaginaire. Elle explore ses mutations, sa dualité, ses métamorphoses et ses ressentis tels que la vulnérabilité et le désir. Elle aborde l’érotisme de manière sensible et poétique, mais aussi ironique et parfois violente. Ses pièces sont des chimères qui interrogent toujours notre rapport à nos désirs charnels. Dans ses installations, elle joue avec la tension et l’étrangeté particulière qui résultent de la relation entre un grand espace d’exposition et des volumes de tailles modestes qui apparaissent avec d’autant plus de mystère et de force.

TERHI TOLVANEN

www.terhitolvanen.com/naturae-2009/

Océanne 3, 2009, Broche, Huître, polyester, cerisier, peinture, coton, 20 cm.

Les bijoux de Terhi Tolvanen questionnent notre lien à la nature, en mettant cette dernière en tension constante avec la notion d’artifice. Elle façonne des plantes d’un genre nouveau, appétissantes ou inquiétantes à la manière des cactées ou des fleurs carnivores. Cette mise au point d’une nature artificielle, figée et déportée hors du rythme des saisons, est enjolivée par des « manipulations génétiques », fruits de l’imagination et de la grande habileté manuelle et technique de l’artiste. La « beauté sublime » recherchée par Terhi Tolvanen constitue une dénonciation de la trop grande intervention humaine sur la nature, elle opère telle une mise en garde des périls encourus en retour par l’homme.


L’association LAC&S/lavitrine

Créée en 1983 à l’occasion de l’organisation d’un symposium de sculptures sur l’Île de Vassivière, l’association LAC&S (Limousin Art Contemporain et Sculptures) est un collectif d’artistes œuvrant depuis 2003 au sein de la galerie Lavitrine à Limoges. LAC&S s’engage dans le champ de l’art à une mise en relation au monde et à l’émergence d’un autre « regard» par sa programmation annuelle qui s’articule autour de six expositions par an. L’espace de 200 m2 permet d’ouvrir le champ des possibles en terme de présentation d’œuvres. Outre les expositions au sein de la galerie, elle offre, notamment au travers de sa vitrine ouverte sur la rue, un lien direct avec le passant, le promeneur…

MISSIONS

L’ensemble des activités de l’association Art Contemporain & Sculptures s’articule sur des enjeux de soutien à la présentation, à la production, à la médiation d’œuvres d’artistes engagés dans une démarche de recherche et de création ancrée dans un temps présent. Consciente de sa situation de lieu d’art contemporain installé en province, elle prend en compte la relation entre l’ici et l’ailleurs, du local au global. Les réseaux d’idées, les géographies, les affinités esthétiques constituent autant d’enjeux de croisements pour une émulation et un soutien à la jeune création. Entre œuvres, artistes et publics, se tissent les activités privilégiées de l’association.

LAC&S mène une politique de soutien à la création contemporaine en renouvelant chaque année son dispositif d’accueil d’artistes et de commissaires indépendants, ainsi que de diffusion de l’art contemporain grâce à ses expositions personnelles ou collectives et ses publications.

Soucieuse de favoriser l’accès du plus grand nombre à l’art contemporain, une médiatrice se tient à la disposition des visiteurs pour dialoguer autour des œuvres. Ces visites (gratuites, sans réservation et accessibles à tous) visent à faciliter l’approche des œuvres par une phase d’observation et de questionnements. Par ailleurs, des rencontres (conférences, présentations, visites) organisées entre les publics et les artistes, favorisent les débats et les échanges.

PARTENAIRES DU PROJET

LAC&S est membre du réseau Astre, Réseau arts plastiques et visuels en Nouvelle-Aquitaine et de la FRAAP.

LAC&S – Lavitrine reçoit les soutiens de la Région Nouvelle-Aquitaine et du Ministère de la culture et de la communication – DRAC Nouvelle-Aquitaine.

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A Lavitrine / Association Limousin Art Contemporain & Sculptures / 4, rue Raspail 87000 Limoges

LAC&S Lavitrine : ouvert du mercredi au samedi, de 14h30 à 18h30

Contacts : 05 55 77 36 26 / lavitrine.limoges@gmail.com / lavitrine-lacs.org

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Evénement réalisé avec les soutiens du Ministère de la Culture-DRAC Nouvelle-Aquitaine, et du Conseil Régional Nouvelle-Aquitaine.
LAC&S-Lavitrine est membre de la FRAAP et de Astre, Réseau arts plastiques et visuels Nouvelle-Aquitaine.